Dans Casse-pipe, Céline écrit : « c'est pas con, un cheval, c'est pas con.... »
C'est même, si on me permet un avis de cavalier,
supérieurement intelligent.
Dans une suite de récits forcément très enlevés, Pierre Montagnon nous raconte – sur plus de deux millénaires d'Histoire ! – douze épisodes où les chevaux ont tenu le premier rôle.
Douze épisodes ( et douze seulement car c'est le principe de cette belle collection de Pygmalion : « 12 lettres », « 12 femmes », « 12 corsets » qui ont changé l'Histoire) et, pour commencer, bien évidemment Bucéphale, le cheval d'Alexandre le Grand. D'un conquérant l'autre, César qui fut, par nécessité déjà, un cavalier (« un cavalier pressé par le temps »,écrit joliment Montagnon). On ne connaît pas le nom d'un cheval auquel César, qui en eut forcément plusieurs (la cavalerie gauloise était riche), aurait été particulièrement attaché. On connaît, en revanche, celui de Caligula : Incitatus. Il fut nommé membre du conseil des prêtres et investi consul...Et de celui du grand Hadrien : Borysthène. A sa mort, Hadrien lui fit ériger un mausolée sur lequel il fit graver : « Borysthène l'Alain, impérial cheval de chasse qui par la plaine, par les marais et par les collines étrusques, savait si bien voler. Il repose aussi dans la terre. »
Puisque nous sommes à Rome, restons-y. Pour expliquer pourquoi nous disons cheval là où les Latins disaient equus ( que l'on retrouve dans « équestre », « équitation », etc). Bonne occasion de rappeler que de nombreux mots français viennent non pas du latin parlé par les aristos romains, mais par les soldats venus occuper la Gaule. Là où les gens de la haute disaient equus, les troupiers disaient , dans leur argot, caballus. A savoir une carne. Et on imagine bien les cavaliers se charrier entre deux batailles : « Moi, je mont un equus digne de ce nom, toi tu montes un caballus ».....Et c'est le mot d'argot que nous avons gardé. Et plus encore les Espagnols qui disent caballo.
Nous remontons dans le temps avec une chevauchée franque jusqu'à Jérusalem (d'où nous rapporterons la ferrure pratiquée en Orient). Et encore avec le cri du cœur de Richard III d'Angleterre au soir de Basworth (1485): « Mon royaume pour un cheval ! » On ne fait pas l'impasse sur le cheval blanc (comme son panache) d'Henri IV, bien sûr, qui fut peut-être de la bataille d'Ivry (1590) qui, depuis ce jour s'appelle Ivry-la-Bataille. Un chapitre est consacré aux chevaux de Louis XIV. Il eût mieux fallu parler de ses écuries. Louis XIV, qui se déplaçait en carrosse (tiré par de chevaux certes...), ne fut pas un homme de cheval.
Pour le reste, du beau monde. Napoléon (il pouvait rester en selle seize heures d'affilée). On connaît les noms de ses chevaux : Marengo, Vizir, Wagram, Embelle, Roitelet, Syrie, Cyrius, Touris, etc. Et puis Abd-el-Kader. Les cavaliers héroïques de 1870. L'escadron de Gironde, Bournazel, l'homme à la cape rouge, etc. Des cavaliers ! Des hommes de cheval. Des centaures
Un petit regret ? Oui. Que l'auteur n'ait pas retenu la monture du général Lee, Traveller, qui fit toute la guerre entre les États sans broncher. Il aurait mérité d'être dans ces pages à la gloire des chevaux.
Alain Sanders
Article extrait du journal Présent – n° 7483 du 26 novembre 2011
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