Ou la vraie mission des cosmonautes et de
la conquête de l’espace
par Nicolas Bonnal
Il est temps de le dire. Il n’y a jamais eu de conquête spatiale, ni même de volonté
de conquête spatiale. Pour moi la soi-disant conquête spatiale n’avait qu’une mission : préparer notre vie à tous dans le monde fictif et rampant du XXIe siècle. Même notre
cher Jean-Loup Chrétien faisait il y a vingt ans de la pub pour sa retraite, sachant à quelle sauce vieillie et non héroïque il serait mangé. Mais si la conquête spatiale initiée par les nazis et
poursuivie du fait seul de la guerre froide, cette guerre froide avec la Russie qui n’en finit pas, et qui risque de nous coûter très cher, n’a pas servi à conquérir les galaxies et à exploiter
les pétroles lunaires en guerroyant avec les Aliens et les hommes verts, à quoi aura-t-elle donc servi ?
A nous conditionner.
Vous trouvez que j’exagère ? Alors oubliez les résultats piteux de la pseudo-conquête et
revoyez 2001 l’Odyssée de l’espace, ou bien l’Etoffe des héros, ou bien même Solaris, et comparez votre vie et celle à venir de vos enfants avec celle d’un cosmonaute.
Revoyez même tous les films de science-fiction et vous verrez que tout cela n’avait que ce seul but : nous préparer à vivre comme des cosmonautes, mais sans jamais aller dans l’espace. La
simulation de vol spatial et de conquête des étoiles est allée de pair avec un contrôle mental et surtout, finalement, physique sans précédent dans l’histoire de notre vieille civilisation. On va
se faire discret.
***
Car, et réfléchissez bien, en quoi consiste
la vie d’un cosmonaute ?
- Un cosmonaute passe sa vie devant des écrans. Il a toujours un problème
technique. Il est toujours dans un moyen de transport quelconque. Cela ne vous rappelle rien ?
- Un cosmonaute se tient toujours dans la dépendance d’un moyen
technologique. Il passe son temps à envoyer des messages codés et à se plaindre d’avoir un problème (Houston...). Il passe son temps à pousser des boutons et, s’il n’est pas très calé en
réparations (et qui sait réparer un gadget Apple ?), il se tient bien tranquille.
- Il est d’ailleurs gros consommateur d’énergie et il ne se sert
plus de son corps. Il en grignote, des friandises, comme dans un conte de fées ! Combien vous dites, un milliard trois d’obèses dans le monde ?
- Un cosmonaute est tenu de lire tout le temps des modes d’emploi et des
règlements rédigés par des avocats. Revoyez la pause-pipi, un des moments marrants de 2001 l’Odyssée de l’espace. Et pensez au tableau de bord de
votre BMW ou à votre vie quotidienne contrôlée par les ordinateurs et les clones d’Hal 9000.
- Le cosmonaute est sans racines. Il n’y a pas plus de terres, il
n’y a plus de nations dans l’espace. Il n’y a que des vaisseaux et que des bases, des stations, stations qui n’ont rien de christique. Dans l’espace personne ne vous entend prier ! Et pensez
au temps que nous devons passer dans ces endroits aseptisés et sans personnalité (aéroports, hubs, échangeurs, supermarchés, stations-services, centres commerciaux, etc.) et à notre
environnement zombifié et plastifié.
***
Je poursuis. Ce serait trop beau si cela s’arrêtait là.
- Un cosmonaute plane, il est cool, il fait des voyages dans l’astral. Suspendu
les quatre fers en l’air, il a perdu la notion du temps et de... l’espace. On avait comparé la vision ultime de 2001 à l’absorption de LSD. Le cosmonaute annonce l’individu ivre et
déphasé de Lipovetsky et consorts, nourri aux benzodiazépines ou à l’herbe...
- Il perd aussi la notion de nourriture, en suçant à petites
gorgées tout un tas de cochonneries baptisées "Science Food" par la fondation Rockefeller (j’y reviendrai). On voit les enfants du monde se précipiter dessus, sur ces poisons chimiques
et ces venins en plastique. Pensez aussi à la corvée du repas dans 2001 et à la méditation de Bruce Dern dans le très beau Silent running.
- En parlant de ce film, je dois rajouter qu’il est écologiste et
que l’écologie est apparue avec la conquête spatiale, comme forme silencieuse et sophistiquée de la dictature ultime humanitaire. Il faut défendre la "planète bleue" en contrôlant les populations
et leur consommation. Qui devra-t-on sacrifier ? Voyez Hergé : il avait prévu le problème !
- Le cosmonaute est évidemment unisexe. Habillé en uniforme,
éternel enfant en état d’apesanteur, il perdu toute virilité, toute féminité, ne rêvant comme dans Alien ou Species que de s’accoupler avec des incubes ou des succubes (les
ET sont les simples démons de la tradition chrétienne). Sa vie sexuelle est virtuelle et satanique. Et cette révolution sexuelle est en cours : voyez les émissions de MTV
la nuit, vous comprendrez où l’avant-garde culturelle actuelle veut nous mener. Les sorcières de Shakespeare et mon vieux Dracula n’ont qu’à bien se tenir !
- Condamné à une fausse vie, une existence minimale et formelle
(le mètre carré est bien trop cher, comme à paris ou Manhattan !), le cosmonaute doit passer sa vie à se former, se recycler, et s’entraîner (sauf dans Wall-E où ce sont les robots
qui ont le beau rôle, comme dans Terminator).
- Il est aussi condamné à s’ennuyer, faire des jeux vidéo, à
contrôler son mental et son diabète sous le regard sévère du complexe militaro-médical et psychiatrique qui a pris le contrôle de nos identités bien menacées. Dans sa vie si vidée d’essence, on
le remplit de faux souvenirs comme dans une mauvaise nouvelle de Philip K. Dick (voyez Total Recall, le meilleur Schwarzenegger).
- La cybernétique a pris le contrôle de nos sociétés avec la
guerre, la recherche nazie, soviétique, américaine. Lisez Chris Gray (le Cyborg Handbook) ou le chercheur soviétique, moins connu bien sûr, Slava Gerovitch (New soviet man) qui
explique comment le programme d’entraînement des cosmonautes était sous le contrôle des centres de recherche cybernétique.
***
Ma conclusion.
J’en ferais une nouvelle ! Mais voyons. Pas très capable de nous envoyer dans l’espace,
pas très capable de nous promettre la transhumance, la farce médiatique de la conquête spatiale et des cosmonautes a permis la transformation des humains en transhumains. Mais question quand
même : jusqu’à quand pourra-t-on payer la retraite des Jean-Loup Chrétien et autres transhumains ? A une époque où ce sont les crétins qui rêvent, pas les poètes, il faut rester, c’est
le cas de le dire, un peu basique.
- source :France-courtoise
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